VISEE INUTILE
« - Plume d’aigle à Autorité …
- Je vous reçois 5/5
- R A S
- ………. Restez en position. Fin de com. »
Fred coupa l’émetteur récepteur et regarda Jami. Fred fit un signe négatif de la tête.
« -Bon sang ! Grogna Jami, un parachutage dans un vent de sable, 4 jours de marche nocturne, deux jours ici, pratiquement enterrés vivants et pas d’action en vue….
- Ils doivent savoir ce qu’ils font
- Ouai ! Tu parles ! Tu te souviens ? A la frontière Pakistanaise, ils nous ont fait tirer sur des civils.
- Qu’est-ce que t’en sais ?
- T’as pas vu les femmes et les gosses dans ta lunette ?
- Si, si ! Mais les ordres étaient de tirer sur les mecs à dos de mulet et c’est ce ce que nous avons fait, non ?
- Bien sûr ! Mais une fois la mission terminée t’as pas entendu les bombes péter ? Ils voulaient juste être certains que l’objectif était atteint et, ensuite, ils ont nettoyé tout le
reste.
- Ecoute Jami ! C’est la guerre ici et c’est l’O N U qui l’a décidée. On obéit aux ordres point barre.
- L’O N U, l’O N U ! Elle a l’accent du Texas ton O N U. Mais, bon, on ne va pas se chamailler, c’est toi le patron sur ce coup. On ne sait pas ce qu’on attend de nous. »
Jami et Fred sont deux commandos tireurs d’élite, rompus à toutes les formes de combats et de progression en milieu hostile. Rendus au point GPS qui leur a été donné dans l’avion, ils se sont
construit un abri en pierres qui les dissimulent de toute part. Ils dominent une petite vallée désertique au fond de laquelle serpente un sentier poussiéreux. Leur fusil qui peuvent tirer avec
précision des balles de 12,7 à plus de 1500 mètres et percer le plus sophistiqué des blindages à 300 mètres, sont pointés vers ce chemin qui n’est qu’à 2-300 mètres en contrebas. Les ordres reçus
sont : mettez-vous en position au point GPS et attendez les instructions. Pas d’initiative.
Dotés d’un matériel ultra sophistiqué (PM UZZI pour des dégagements périlleux, Glock 11,43 à balles au tungstène qui peuvent arrêter un véhicule, un assortiment de dix grenades à main et deux
grenades à fusil, un appareil de télécom rechargé au solaire muni d’un dispositif de brouillage indécodable et 22 Kgs de rations cahets de sel et eau) Ils ont consommé un peu moins de la moitié
des rations et font mieux qu’un chameau avec l’eau, malgré les conditions extrêmes dans ce désert du Sud-Est Afgan.
« - J’ai quand même un peu hâte de rentrer à Kaboul, dit Jami, il me reste que dix jours au jus et j’ai même pas encore eu le temps d’acheter quoi que ce soit pour la famille.
- Stop ! On parle pas famille, temps qui reste et autre, en mission. Tu sais bien que ça déconcentre.
- Ben je vois pas trop ou y a matière à ce concentrer pour l’instant.
- N’empêche que ça doit être une mission de première… T’as vu à quelle vitesse Autorité nous répond ?
- Ouai, bof ! Y s’ont peut-être rien à glander au commandement ?
- T’oublie qu’on est entre100 et 150 sur le terrain en permanence.
- Eh ! ça bouge..
Les deux hommes distinguent un homme à vélo qui vient de la droite. Jami s’empare de ses jumelles pendant que Fred positionne son fusil et ouvre l’interrupteur. Il engage une balle dans le canon
avec lenteur pour ne faire aucun bruit :
« - Alors ? dit Fred
- C’est un de ces vieux enturbannés qu’ont voit surgir dans le désert et qui sortent de nulle part.
- Description pas de roman Jami. Fred tend le micro devant la bouche de Jami.
- Un homme entre 50 et 60, barbe blanche, turban gris des peschmergas, pas d’arme en évidence. Le vélo n’a ni porte bagage ni garde boue. Il porte des souliers en cuir noir et un pantalon noir
aussi en fil avec des pinces à vélo, sa gandoura est blanche. Elle est roulée sur les cuisses. Il va tranquillement et se débrouille pas mal en roulant entre les cailloux. Pas d’autre signe
distinctif.
- Plume d’aigle à Autorité avez-vous reçu ?
- Bien reçu plume d’aigle. Ce n’est pas une cible, je répète ce n’est pas une cible. Restez en position. Terminé.
- Dis donc Fred, tu n’as même pas vérifié s’ils étaient au bout avant de me tendre le micro.
- Je voulais connaître leur niveau d’intérêt pour cette mission et c’est 100%.... Décidément je n’y comprends rien.
- Y a peut-être des moutons d’astrakan dans le coin et ils veulent peut-être qu’on en dégomme quelques uns pour qu’un gégène Gringo puisse offrir un manteau à sa mamie de L.A ?
- T’es con des fois, tu sais ?
- Faut bien passer le temps.
- Fred dans un chuchotement, merde j’ai pas éteint la radio. Il coupe le contact radio. Ils ont entendu ta connerie c’est sûr.
- Tant mieux comme ça y sauront que nous c’est plutôt largage, action, décrochage que niquer des pierres pendant deux jours.
- T’as pas remarqué quelque chose ?
- Quoi ?
- Le vieux passe en bas, là tu le vois ?
- Ben oui j’arrête pas de le suivre à la jumelle. T’as pas remarqué ?
- Son vélo…
- Quoi son vélo ?
- Y fait aucun bruit.
- Ah ! Jami descend légèrement ses jumelles… T’as raison…. Il est tout neuf et je te le donne en mil… C’est un Mountain Bike avec un amortisseur à l’arrière et des pneus ballons à gros
crans. Je pari que le dérailleur est un Shimamo dernier cri.
- Jami rallume sa radio. Plume d’aigle à autorité le vélo est neuf. C’est un Mountain Bike.
- Bien reçu… restez en position.
- Fred éteint sa radio. Merde ça les fait même pas bander. Passe moi les jumelles des fois que ce serait une des cibles potentielles qu’on nous a désignées au premier brieffing.
- Tu te souviens de tous les visages ? Y en avait au moins 30.
- J’ai une bonne mémoire photographique.
- Peut-être mais maintenant tu le verras de profil ou de dos. En tout ça n’a pas fait tilt chez moi.
- Bon on attend. Dit Fred en reposant les jumelles. Peut-être bien qui va se passer quelque chose finalement ?
- On peut rêver.
Le ciel, éternellement bleu délavé commence lentement à s’obscurcir et quelques étoiles pointent le bout de leur nez. Les deux hommes préparent leur matériel de vision nocturne puis Jami se
retourne sur le dos, enfile son sac de couchage et se confectionne un oreiller avec sa casquette en la bourrant de rations de survie. Il s’ouvre une grosse barre de céréale, prépare un cachet de
sel et un verre d’eau.
- Fred ?
- Oui !
- Tu veux de la poudre de perlimpinpin ? (cette poudre est un produit dopant qui maintient éveillé pendant 48 heures sans aucune altération des capacités physiques ou sensitives)
- Non je me réserve ça pour la marche de retour… On connaît pas encore la drop zone.
- T’inquiètes pas y s’arriveront bien à nous faire courir pendant dix heures au moins.
- J’espère quand même que l’objectif ne débarquera pas de nuit. Le multiplicateur de lumière et l’I.R c’est pas terrible à 300 mètres pour une identification. Allez fait dodo mon p’tit frère dans
3 heures je te réveille…..
Fred, puis Jami et encore Fred firent une garde paisible. Rien n’avait bougé pendant cette nuit glaciale. Seul, un scorpion noir avait trouvé sympa de venir faire un calin au chaud près du
couchage de Fred. Jami l’avait repoussé à deux ou trois reprises. Le combattant toutes pinces et queue dehors avait fini pas battre en retraite et renoncer à une nuit sous la couette.
Fred prépare la barre de céréale, une barre de chocolat et une boite auto-chauffante de café pour Jami puis lui secoue l’épaule. Jami s’éveille instantanément, jette un regard hébété sur Fred,
qui ne bouge pas, puis repose sa tête sur son oreiller de fortune.
- Et mais ça sent le café ici !
- Je t’ai préparé ton déj.
- T’es une mère pour moi
Fred hausse les épaules
- Y a un jour où tu te sens en mission ?
- Ouai ! quand je vais chercher les croissants et les pains au chocolat en bas de chez moi.
- Stop !...
- Ca va, ça va ! Je sais
- Oublies pas ton cachet de sel ça va caillasser aujourd’hui.
- On se brûle la couenne tous les jours et on se la congèle toutes les nuits depuis qu’on est dans ce pays. Alors, t’inquiètes pas. Si je l’oublie le cagnard me le rappellera.
- Et regardes… Le vieux à vélo qui revient. Passes moi les verres.
Jami lui donne les jumelles
- Là je vais bien le voir de face.
- Y vient de la droite ou de la gauche.
- J’ai dit qu’il revenait, ça veut dire que c’est de la gauche.
- Oh ! excuses moi. T’as eu des nouvelles d’autorité ?
- Deux fois pour dire de pas bouger.
- Y pourraient nous passer de la musique en attendant.
- Nom de Dieu ! Allume ma radio. Chuchote Fred. Plume d’aigle à Autorité ?
- Je vous reçois parlez…
- L’homme qui revient sur le vélo n’est pas le vieux d’hier. C’est numéro 4. Jami aux côtés de Fred pose sa boite de café, prend son arme, engage une balle dans le canon, s’installe en position
et pose l’œil sur le caoutchouc du viseur. Son fusil balie le chemin en une ou deux seconde et le viseur encadre le cycliste.
- Cible verrouillée 100%
- Je répète Autorité il s’agit de N° 4, cible verrouillée attendons instructions…..
- Restez en position. Maintenez la liaison ouverte et commentez ce que vous voyez. Des ordres vous seront donnés en temps et en heure. Bien reçu.
- Alors ? fit Jami l’œil toujours accroché au viseur.
- Rien on attend et on commente.
Fred tape sur l’épaule de Jami, passe son doigt sur la bouche et montre la petite LED rouge qui indique que l’émetteur est ouvert.
L’homme à vélo, s’arrête, pose l’engin à terre. Il regarde la crête opposée aux soldats. Il se trouve en contre-bas à une trentaine de mètres de la verticale de Jami et Fred. Il constitue une
cible idéale. Il porte les doigts à sa bouche et siffle avec force. Le son strident percute plusieurs fois les parois rocheuses de la vallée. Fred scute la pente d’en face avec avec ses
jumelles….. Une dizaine d’hommes apparaissent sur la crête.
- dix pax en face de notre position. Heu heu … ! Fred déglutit. Autorité autorité.
- Passez vous des mondanités et commentez capitaine.
- N°1, 2, 3 et le 4 en bas. Tout l’état major sous nos yeux, je prends mon arme.
- Restez en position
- Je prends qui ? demande Jami
- Prends al zawaridri c’est le troisième en partant de la gauche. J’engage OUSAMA.
- Pas de nom plume d’aigle seulement des numéros.
- OK
- Commentez…
- Ils descendent prudemment la pente et interpellent N°4.
- Vous pouvez entendre ce qu’ils disent ?
- Ca a l’air d’être un dialecte local. C’est pas de l’arabe.
- Etes-vous sûr de l’identification ?
- 100%
Un ronflement leur parvient de la droite.
- Véhicule en approche. Probablement un Land Rover au bruit.
- C’est sûr. Coupe Jami. C’est un châssis long.
Effectivement le Land Rover entre dans le champ de vision. Le véhicule poussiéreux s’arrête. N° 4 pointe son AK42 sur la voiture et s’approche lentement.
- Ouvrez toutes les portes et gardez vos mains bien en évidence. Crie le Moudjahidin.
- Ça va, on n’a pas d’arme répond le chauffeur.
- Faites ce que je vous dis.
- OK ! Let’s go ! S’adresse le chauffeur aux autres passagers.
Les portes s’ouvrent et quatre hommes et une femme sortent du véhicule les mains en l’air.
- C’est bon Jamal. Dit N°1. salut Steeve
- Salut Ousama, ça fait un bail..
- Comment va ta famille
- Impec, surtout depuis que j’ai offert à Alexandra la maison de ses rêves au Palmier de Dubaï, juste à côté de chez Brian. Alors les enfants sont aux anges aussi.
- Je vois que les affaires marchent
- Tu es pour quelque chose là dedans je crois
Ils éclatèrent de rire tous les deux et se firent une interminable accolade. La femme intervint
- Bon ! je voudrais qu’on ne traîne pas trop quand même.
Steeve : - Je te présente Lizzard Falcon de TVMonde, Joe son caméraman, et phil son preneur de son. Pour ce qui me concerne, voici la mallette que tu as demandée. Il y a les nouveaux comptes
bancaires et l’outil de communication.
- T’es vraiment sûr que c’est indétectable. IL me l’a donné en main propre et IL m’a garanti que cet appareil ne fonctionnait que sur ses fréquences réservées à lui. Il y a un petit mode d’emploi
avec, pour que tu ne tombes pas par erreur sur le pentagone ou le département d’état.
- Ils sont sûrs ces gens là ?
- Y a pas plus sûr qu’un journaliste. De toute façon cette interview passera par ton canal à toi.
Les trois journalistes sourirent en même temps pour rassurer n°1.
- De toute façon si nous ne respections pas notre déontologie nous ne verrions pas grand-chose des jours qui suivent, soit de la part de Steeve soit de votre part.
- Bien raisonné mademoiselle ?
- Madame.
- Pardonnez cet accueil un peu spartiate. Si vous le permettez je vais vous présenter mes frères et ensuite nous passerons à l’interview. Nous avons quand même du thé et quelques friandises à
vous offrir.
Fred, éberlué, traduisait au fur et à mesure toute cette conversation en anglais sans lâcher l’œilleton de son arme.
- Aurons-nous des instructions, autorité. (L’autorité avait repris son a minuscule tant la colère montait en lui en vagues sourdes.
- Restez en position
- On attend qui, maintenant ? Le père Noël, Jésus en chair en os, pour tirer dans le tas ?
- Restez calme capitaine. Nous aussi nous attendons des instructions du haut commandement. Ils suivent vos commentaires comme nous.
- Dans ce cas… Dit Fred Welcome aboard général Ryley we are waiting for your instruction.
- Fred ça va, pas de conneries. Ici c’est le général Dupuis, vous êtes la crème de nos troupes, alors perdez pas les pédales. Que font-ils en ce moment ?
- Ils boivent du thé au coffee house du coin. La thermos est en acier inox et les tasses en argent. C’est du BCBG en plein désert. Tout ça sous des grands parapluies noirs très british qui rend
inefficace notre ampli d’écoute. Vous savez qui est ce Steeve et qui est ce IL dont il a parlé.
- ……..
- Mon Général ?
- Heu aucune idée.
- Cible gringo à 100% chuchotte Jami
- Fred dites à Jean Michel de pas faire le con.
- Ne fais pas le con Jami
- C’était un Joke, Fred. Je crois même qu’on tirera sur personne dans cette mission. Tu te demandes qui est le IL ? T’es barjo ou quoi ? T’as pas compris ?
- Ben ! J’ai bien peur que si, mais c’est vraiment trop gros et je ne vois pas ce qu’on fout dans ce merdier. Général ?
- Oui ?
- Si les mongols déboulent on pourra leur tirer dessus ?
- …….
- On n’est peut-être là pour assurer leur protection hein ! Jami ?
- Ça m’en a tout l’air.
- Bon commentez les gars et arrêtez de mijoter.
- Je voudrais vous y voir on s’est mis une tonne de cailloux qui sont chauffés à blanc sur le dos. On est couchés depuis deux jours et deux nuits. On a tout le staff d’Al…. Oui c’est vrai pas de
nom. On est des soldats, des commandos, notre boulot c’est l’action…
- Je sais, je sais mais c’est une mission spéciale placée sous l’autorité directe des supérieurs à l’autorité US. Commentez pas cela je rebranche le haut commandement…..
Au bout ça hurlait dans un anglais au moins du Bronx.
- Plume d’aigle à autorité pas de liaison, je répète, pas de retour
- Ici autorité nous avons eu une coupure, me recevez vous ?
- Cinq sur cinq
- Du nouveau ?
- TVMonde interview n° 1 et 2. Les autres se tiennent derrière. Les cibles à 100% demandons autorisation.
- Négatif… Restez en position.
- Bon ! Moi je me prends la poudre et je commence à plier. On est au cirque ici.
- Autorité à plume d’aigle le décrochage se fera au point hb n4 sur la carte n°2. Avez-vous compris capitaine ?
- Oui mon général.
- Comment va le sergent Renard ?
- Il s’énerve mon général.
- Je comprends
Jami verse la poudre qu’il mélange avec un peu d’eau dans son verre. Il repose sa joue sur la crosse du lourd fusil et s’essuie le front ruisselant de sueur avec son foulard.
- Bon on fait quoi là.
- T’énerve pas Jami. Si on n’a rien à faire c’est tant mieux dès qu’ils sont partis on met les bouts. Au fait t’avais raison, ça nous fait dix bonnes heures de marche.
- Putain ! J’ai chaud.
- Y a pas que toi
- Non mais là j’ai vraiment chaud
En bas les parapluies se repliaient, les mains se serraient, caméras et micros se rangeaient et les conversations étaient entrecoupées de rires.
- Merde alors ! C’est fini on fait quoi Fred.
Jami tremblait de plus en plus et ses yeux roulaient dans les orbites, un filet de bave glissait à la commissure des lèvres.
- Merde putain de chierie de merde
- Ça va Jami calme toi
- Mais y partent là. Tu vois pas ? 50 millions de dollars de prime qui partent dans cinq minutes et nous comme des cons à 5000 euros par mois on discute avec un gégène de mes deux. Mais je
rêve, JE REVE, JE REVE.
Jami, tremblant de rage, poussait violemment les pierres et s’extrayait de leur abri.
- Bon Dieu général Jami pète les plombs. Demande instruction.
- …RESTEZ EN POSITION C’EST UN ORDRE
- Quoi ?
- Dois-je répéter capitaine ?
- Mais y se découvre !
- Restez en position.
Jami se lève, enjambe le rocher qui les dissimulait sur l’avant et descend au pas de course en criant :
« - Attendez moi, je viens avec vous attendez moi. Vous avez raison, On est les rois des cons lalère lonlon
N°1 fit signe à ses hommes de baisser les armes qui s’étaient instantanément pointées sur ce soldat hurlant, courant, trébuchant
- Mon général ? Autorisation de couvrir le Sergent Renard.
- Vérouillez le !
- Quoi ?
- J’AI DIT VEROUILLEZ LE.
- Mais c’est un de nos hommes ? dit Fred en décalant, malgré tout, son viseur sur Jami.
- ….
- Cible vérouillée 100%
- Ouvrez le feu et décrochez. Je vous attends au rapport demain à 5 heures.
- BBBien mon colo heu mon gén.
La déflagration puissante du fusil retentit sèchement dans la vallée. Fred, les larmes aux yeux, disparut en courant derrière la crète. Il ne releva même pas qu’aucun coup de feu n’avait claqué
dans son dos. Il avait vu dans son viseur la tête de Jami exploser comme une pastèque. Il ne connaissait pas bien le Sergent Renard. Mais il savait qu’il ne s’en remettrait que difficilement et
avait la haine après le Général. Il courrait comme un fou vers son point de récupération. L’écouteur était silencieux. De toute façon il n’y avait plus rien à dire. Sinon rentrer et oublier. Il
ne comprenait plus rien de son métier, Pourtant, dieu sait que ces unités avaient une organisation exemplaire et d’une efficacité mondialement reconnue. Mais là…..
Il ne fit pas le rapprochement entre l’absorption de la poudre et la crise de Jami. Il ne se rendit même pas compte que c’était son sachet de poudre à lui.
Dans la vallée les regards étaient aussi interrogateurs. Seul N°1 était paisible.
- Ne craignez rien tout va bien. Vous irez récupérer le paquetage de cet homme et surtout les moyens techniques et le fusil.
N°2 s’adressa à N°1 :
- Tu es sûr de ton coup ?
- Oui ! Ne t’inquiète pas. L’homme qui a fui n’est pas le bon mais ces officiers sont hors normes. Il va rentrer au bercail, on lui donnera quartier libre à Kaboul, il boira pour oublier
qu’il a dû exécuter son copain. Il taira ce détail, par contre il ne se privera pas de dire qu’il m’a eu dans sa ligne de mire et que les Américains n’ont jamais donné l’ordre de tirer, la presse
s’emparera de ça, Paris démentira mollement et la rumeur circulera. Tu vois c’est simple.
- Risqué quand même. Et Steeve, les journalistes.
- Ça valide aux yeux des démocrates la complicité des Bush à mon égard et calme les appétits financiers de notre ami Steeve. Quant aux journalistes, n’oublie pas que j’ai la
haute main sur l’interview donc on gomme la fille, les questions et on envoie un message aux croisés par le canal habituel. En route maintenant. Il faut récupérer ce cadavre et le lâcher sur une
zone d’affrontement.
- L’élève dépasse le maître mon frère.
Ils partirent sur le chemin d’un pas paisible en devisant sur la grandeur du Prophète.
Le téléphone sonna dans le bureau du général.
- Allo !
- Ryley à l’appareil
- Bonjour mon Général
- Je peux vous poser une question ?
- Bien entendu.
- Y-a-t-il eu une opération le long de la frontière Pakistanaise dont je n’aurais pas eu connaissance ?
- Non, non, excepté une opération de récupération d’un de mes hommes qui s’était un peu perdu dans le désert. Il a erré six jours avant qu’on le retrouve.
- Il n’avait pas de GPS ?
- Il a eu un coup de bambou le deuxième jour de sa mission, qu’il n’a jamais remplie du reste et a envoyé balader tout son matériel. On l’a retrouvé par pur hasard sur un de nos points de
décrochement.
- Ça ne vous ennuie pas si je vous renvoie la facture de kérosène ? J’estime en effet que, dans ce genre de situation, les frais sont à la charge du pays dont les militaires dépendent. C’est
à la page 217 de l’accord de la coalition et précisés en page 6 de la deuxième annexe.
- C’est sans doute une erreur de mes comptables. Je vais remédier à cela dès demain matin.
- Merci général, Passez une bonne nuit.
- Vous de même et bonjour à votre dame.
- Merci !
Le général Dupuis attrapa la bouteille de vin ouverte sur le bureau, saisit le verre à pied en cristal, le remplit et le bu d’un seul trait.
- Ce sont d’extraordinaires gestionnaires, de bon stratèges mais ils sont, culturellement, incroyablement légers. Pensa-t-il en posant ses souliers impeccablement luisants sur le coin de son
bureau. "Le président sera content..."
FIN
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